C’est dans une ville de Sibérie centrale, la plus froide de la planète, que Steeve Iuncker a entamé son tour du monde des « villes extrêmes ». De la cité la plus peuplée à la plus violente, en passant par la plus haute et la plus basse, il explore les superlatifs urbains pour questionner le rapport des hommes à la ville, ce cadre de vie qui, d’ici à vingt ans, concernera 70 % de la population mondiale. Parti à Iakoutsk, capitale de la Iakoutie, sans guide ni maîtrise de la langue et encore moins des usages, le photographe suisse s’est aventuré dans ce décor à la lisière du fantastique, givré par des températures oscillant entre – 40 et – 50 °C. Là-bas, huit mois durant, le froid littéralement mordant plonge les 270 000 habitants de Iakoutsk dans un brouillard permanent. Un quotidien hors normes par nature, que Steeve Iuncker parvient, à travers une recherche spontanée du détail, à rendre étonnamment proche.






Après Iakoutsk la glaciale et Tokyo la surpeuplée, Steeve Iuncker s’envolera dans quelques mois pour l’Iran, direction Ahvaz la surpolluée. Au rythme de une ou deux villes chaque année, une dizaine au total, il envisage ce périple comme une respiration dans son activité de photoreporter. Avec ce projet en construction, réalisé en argentique, il s’improvise visiteur du monde. Inspiré par les « extrémités » qu’il explore, il s’interroge : à quoi ressemble une société urbanisée dans ces environnements contraints ? Comment fait-on pour s’y adapter ? Est-ce si différent ? Mais, à rebours du sensationnalisme, Steeve Iuncker prend le contrepied d’une vision attendue pour révéler un quotidien sans artifices. « À Tokyo, ville d’une densité effrayante, ce sont davantage les effets du surpeuplement sur les comportements qui ont retenu mon attention : la solitude et l’enfermement dans le travail, le jeu, le sommeil ou la technologie », explique-t-il. Sa démarche, aussi insolite que personnelle, passe par une immersion brute, sans préparatifs ni mise en scène, qui le conduit à ressentir plutôt qu’à retranscrire les réalités auxquelles il se confronte. « Je me propose aux situations, j’y vais à l’instinct en privilégiant l’instant », confie cet observateur sur le qui-vive, qui aspire à retrouver la spontanéité de la photo de rue telle que la pratiquait ses pionniers, Robert Franck et Walker Evans. Pour mieux suggérer que, dans les environnements les plus extrêmes, il y a une simplicité d’existence universelle.
Bio
Né en 1969 en Suisse, Steeve Iuncker vit et travaille à Genève. Formé à l’École de photographie de Vevey, il est membre de l’Agence VU’ depuis 2000. Photographe de presse, il travaille à mi-temps pour un journal genevois. En parallèle, il a consacré plusieurs années à réaliser un important travail sur la mort, en s’attachant à révéler de manière frontale cette réalité méconnue, loin des représentations fictionnelles auxquelles nous sommes habitués. Qu’il choisisse d’accompagner durant deux ans un malade du sida en phase terminale, de se confronter à la réalité de la bande de Gaza, d’explorer les coulisses des défilés de mode ou de s’intéresser au métier de la prostitution, Steeve Iuncker interroge inlassablement, avec la même radicalité. Au-delà des clichés et des distorsions médiatiques, il place toujours son regard à hauteur d’homme. Aujourd’hui, entre deux commandes, il cherche à mettre en relation les pratiques des adolescents (mises à l’épreuve du corps, conduites à risques) et les rites initiatiques de passage à l’âge adulte, observés dans les sociétés traditionnelles.
Planet #4, magazine corporate du Groupe Veolia
© Photos : Steeve Iuncker
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