Fanny, Zizine et Albertine auraient pu continuer à souffrir en silence, chacune de leur côté. Mais plutôt que de subir les coups, les viols, le dénuement ou la prostitution, ces jeunes burundaises au parcours chaotique se sont unies autour du programme de micro-crédit Ishaka pour conquérir leur indépendance financière. Intégrées à un « groupe de solidarité » de leur village ou de leur quartier, elles ont pu cotiser à hauteur de leurs moyens, puis bénéficier de financements pour développer leur propre activité et ainsi, élever leurs enfants, soutenir leurs proches, entreprendre des études… retrouver leur dignité. La dynamique du micro-crédit a ouvert des portes, mais aussi les esprits, là où la volonté d’émancipation se heurte à des structures communautaires encore très patriarcales. En 2009, après le lancement du projet par l’ONG Care, Martina Bacigalupo a rencontré plusieurs des bénéficiaires d’Ishaka. La photographe italienne a choisi de mêler ses prises de vue à leurs écrits et à leurs dessins, pour mieux témoigner du courage de ces femmes, enfin actrices de leur destin.




Martina confie volontiers que c’est le Burundi qui l’a choisie. Depuis ce pays, où elle s’est installée en 2007, elle s’attache à renvoyer une image différente de l’Afrique, dont on a tendance à ne percevoir que les réalités les plus rudes. Elle préfère, dit-elle, se concentrer sur les combats du quotidien plutôt que sur la violence et la guerre qui, malgré tout, figurent souvent en toile de fond de ses commandes. « À travers mon travail, j’ai envie de faire entendre la voix des communautés les plus vulnérables », explique-t-elle. Ce sont souvent des femmes – comme Francine, jeune veuve amputée des deux bras ou Filda Adoch, survivante de la guerre civile, qui la conduisent à révéler des personnalités fortes, bien différentes des victimes qu’on veut d’abord y voir. Ce sont aussi des minorités ethniques, comme les Acholi du nord de l’Ouganda, dont Martina offre un témoignage surprenant, dans une série réalisée à partir de portraits de studio retrouvés. À chaque occasion, Martina s’efforce de privilégier les échanges et d’approfondir les rencontres. C’est aussi pour cela que le Burundi, pays relativement épargné par le feu des médias, convient si bien à sa démarche : « Je ne m’y sens pas toujours obligée de dégainer mon appareil, mais seulement peut-être au deuxième ou au troisième rendez-vous », ajoute cette photographe soucieuse de poser un regard juste et sincère, en perpétuel renouvellement.
Bio
Née à Gênes en 1978, Martina Bacigalupo se lance dans le photoreportage après des études de philosophie et de lettres. Elle travaille pour les Nations Unies avant de collaborer avec Human Rights Watch, Handicap International et Médecins sans frontières, en Afrique et en Asie. Ses photos ont été publiées dans le New York Times, Le Monde Magazine, le Sunday Times Magazine, Libération, Vanity Fair. Membre de l’agence VU’, elle a reçu en 2010 le prix Canon de la Femme Photojournaliste. Son travail est aujourd’hui représenté par la Galerie Grimaldi Gavin (Londres).
Planet #6, magazine corporate du Groupe Veolia
© Photos : Martina Bacigalupo
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